Jules Henri COLLIOT 1914-1915

NOTES DE GUERRE

Jules Henri COLLIOT

1914-1915

Au fil des années le papier avait beaucoup jauni et c’est en 2005 que mon père, Dominique, entreprit une minutieuse transcription, en respectant le mot-à-mot, les abréviations et la ponctuation.

Dans les pages qui suivent seuls les lieux, les dates et les sauts de lignes ont été standardisés pour simplifier la lecture.

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Notes de Guerre - Henri Colliot 1914-1915
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Notes de Guerre - Henri Colliot 1914-1915

MONTARGIS – DIMANCHE 6 SEPTEMBRE 1914

Quoique le quartier soit consigné*, je pars tranquillement faire une ballade dans la forêt en bicyclette. En me dirigeant sur la carte, je passe par la chapelle Saint Sépulcre et Bois-le-Roi, contournant toute la forêt et ensuite la traversant dans toute sa longueur. C’est une ballade magnifique et je n’ai jamais été aussi tranquille.

Je rentre à Montargis à 10h30 et dans ma chambre* trouve Richez** qui tranquillement m’annonce qu’il faut que je monte mon sac en tenue* de campagne car nous partons à 1h30 pour Toul. C’est une tuile, mais je l’accepte le sourire sur les lèvres car il n’y a que cela à faire et puis je suis soldat pour servir à quelque chose.

A l’heure dite nous sommes prêts, les camarades ont tout fait pour nous être agréable: tarte café, mousse café et même du triple sec.

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1914 - Jules Henri Colliot en compagnie* d’autres poilus*

Rassemblement des 24 sergents* qui partent à la caserne Durzy, nous avons tous des fleurs* à nos fusils, à nos ceinturons et partout où nous pouvons en loger. Nous sommes brillants, mais le sac, la musette* et la cartouchière sont terriblement lourds.

Les Cies* sont consignées*, ce qui n’empêchent pas que tous les camarades présents nous accompagnent jusqu’à la gare. Aussitôt parti de la caserne, l’on nous enlève nos sacs et tout notre fourniment. Nous sommes tellement pressés par la foule qui nous acclame que nous pouvons à peine avancer. Il fait une chaleur terrible.
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Toul - 1914
Colonne de soldats

A la gare, adieux touchants, le lieutenant* nous embrasse de bon cœur ainsi que les sous-officiers* et même les bleus* et nous montons dans le train.

Aussitôt dans le train nous changeons de flanelle car nous sommes trempés et nous commençons l’inventaire des provisions* que nous ont données les camarades. Poulet, boites de pâté et pain, vin, cigares, cigarettes et même un petit flacon de Pernod. Allons, nous ne mourrons pas de faim en route.
Arrivé à Sens à 6h, je cherche à voir mon oncle qui doit être parti car personne ne le connaît.

Nous dînons sur l’herbe en attendant le train qui enfin arrive à 7h30. Wagons aménagés comme de bien entendu, enfin comme nous avons de la place, nous nous étendons et nous ne sommes pas trop mal.

Arrivés à Troyes à 11h du soir, nous nous informons de l’heure du train qui doit nous emmener à Toul.

Personne ne peut nous renseigner et tout ce que l’on peut nous dire c’est que l’on nous préviendra aussitôt qu’il y aura un train pour nous. Impossible de dormir: toutes les salles d’attente, tous les bancs sont occupés par des malheureux émigrants, femmes et enfants, qui dorment dans toutes les positions.

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Gare de Troyes - 9 septembre 1914

TROYES – LUNDI 7 SEPTEMBRE 1914

Vers 3h du matin il arrive un train venant de la direction de Châlons où les armées françaises et allemandes sont aux prises.

Dans ce train il y a quelques blessés (infanterie*, tirailleurs* et artilleurs*). Comme les infirmiers ne se pressent pas assez, nous transportons les blessés* nous-mêmes jusqu’à l’infirmerie de la gare.

Nous causons avec eux, ils se sont battus à Montmirail et ensuite à Verdun au sud de Châlons. Les Allemands sont parait-il enfoncés et reculent de 30 km en arrière. Espérons que tout cela est vrai.

A 5 heures du matin, le train ayant amené les blessés* repart pour Chaumont. Nous en profitons et nous sautons dans le seul wagon de 1ére classe qui soit dans le train.

Arrivée à Chaumont à 10 heures et départ pour Neufchâteau à 10h20.

A Bologne la ligne est presque complètement obstruée par des wagons et une locomotive qui se sont rencontrés. Il n’y a eu heureusement que 3 blessés.

En passant à Rimaucourt nous voyons le Château de Reynal qui me rappelle de bons souvenirs.

Arrivée à Neufchâteau vers 1 heure, nous trouvons toujours des émigrés et des blessés.

Départ à 1h25 et arrivée à Toul à 4 heures. A la gare nous sommes attendus par un sergent* qui nous emmène à la caserne Luxembourg en nous faisant traverser la ville.

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Toul - 1914
Caserne du 160e Régiment* d’Infanterie

Aussitôt arrivés, nous sommes classés dans nos nouvelles Cies*, je suis versé à la 8ème. Nous sommes passés en revue par le Capitaine* et ensuite par le Colonel* qui nous fait le petit sermon d’usage.

Le 2ème bataillon* dont je fais partie se bat depuis la veille et comme l’on ne sait pas au juste où il se trouve, nous restons en attente à la caserne.

Dîner dans la cour assis sur le bord du trottoir. Coucher sur paillasse, matelas et couverture.

TOUL – MARDI 8 SEPTEMBRE 1914

Réveil à 5 heures et de suite nous nous apprêtons au départ. Je commence par décharger mon sac de tout ce qui n’est pas strictement indispensable et j’abandonne stoïquement le surplus. Ensuite je vais laver pour avoir tout mon linge propre.

Déjeuner assez mauvais, bouillon bœuf et pâté, ce n’est pas épatant.

Vers 3h alerte, tout le monde en tenue* de campagne. Nous croyons partir mais c’est une erreur, seul le Colonel* part retrouver le bataillon* qui est engagé.

Je recommence à avoir des coliques, ce n’est pourtant pas le moment.

TOUL – MERCREDI 9 SEPTEMBRE 1914

Nous nous attendions à être réveillés dans la nuit mais rien. Je crois qu’ils vont nous oublier.

Je viens d’aller prendre du bismuth*, j’ai les jambes coupées par la diarrhée.

Nous sommes en train de déjeuner lorsqu’un planton* du Général* vient nous avertir que nous partons à 1h30. Sourires. Nous nous mettons en tenue* et attendons.

Rien ne vient il n’y a pas de contre ordre.

Nous sommes en train de déjeuner lorsqu’un planton* du Général* vient nous avertir que nous partons à 1h30. Sourires. Nous nous mettons en tenue* et attendons.

Rien ne vient il n’y a pas de contre ordre.

Nous nous couchons sur nos lits. Au dîner nous mangeons avec les rempilés* qui nous traitent comme des dégoûtants qu’ils sont et nous flanquent à la porte du mess*. Prise de bis† et coucher.

Dans la nuit, réveil par le canon qui tonne du côté de Nancy et qui s’arrête avant le jour.

TOUL – JEUDI 10 SEPTEMBRE 1914

Toujours pas de lettres*. Je commence à regretter Montargis. Pluie, boue.

Les Allemands ont parait-il bombardé Nancy sans grand résultat.

Dans la journée nous entendons tonner au loin les grosses pièces* de siège dans la direction de Verdun. C’est parait-il une nouvelle attaque du fort de Troyon qui a déjà subi 6 assauts et qui est à bout.

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Fort de Troyon - Bombardement du 8 septembre 1914
Une brèche - À droite, un homme est couché dans un trou d’obus.

TOUL – VENDREDI 11 SEPTEMBRE 1914

Rien à faire. Pas de lettres*. Exercice idiot dans l’après-midi.

TOUL – SAMEDI 12 SEPTEMBRE 1914

Le matin, descente à Toul sous prétexte d’achat de cartes d’état-major. Ville morte, tout est fermé. Achat de tabac, allumettes, pâtés et fromage blanc.

L’après-midi rien.

TOUL – DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 1914

Le matin, revue en tenue de campagne* par le Général* Michaut** commandant le secteur Est de Toul.

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Général* Henry Louis Gabriel Michaud entre 1918 et 1919

A midi, annonce du départ pour rejoindre le 2ème bataillon* à Nancy.

Départ à 2h. Je suis chef de détachement et nous accompagnons un convoi de 4 voitures dont 1 de cartouches.

Nous passons par Maron. Longue côte. Dîner à la maison forestière de Maron. Départ dans la nuit. Croisé un autre convoi à Villers-les-Nancy.

Traversée de Nancy et arrivée à la caserne d’Essex à 11 h du soir. Vanné. Pas de lits.

NANCY – LUNDI 14 SEPTEMBRE 1914

Nous reconnaissons nos compagnies* et faisons connaissance avec nos camarades qui nous racontent l’engagement de Champenoux auquel ils ont pris part le vendredi précédent.

Dans cet engagement très chaud la 8ème Cie*, à laquelle je suis versé, a perdu 161 hommes sur 240.

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Champenoux - Septembre 1914
Bataille du Grand Couronné

Les 3 officiers* tués et 8 sergents* sur 10 tués ou blessés. Un caporal* est retourné seul faire fonctionner la mitrailleuse* du bataillon* qui avait été abandonnée par le lieutenant*. Il est fait Sergent*.

Dans la journée nous reformons 2 sections* au lieu de 4 et nous commençons à rétablir l’équipement des hommes qui ont presque tout perdu. Nous avons enfin une chambre* de sous off.2† très chic.

TOUL – MARDI 15 SEPTEMBRE 1914JMO

Réveil brutal à 4h30 pour nous annoncer que la Cie* partait à 5h30 pour Toul.

Tenue* de campagne. Départ dans la pluie qui n’a presque pas cessée. Traversée de Nancy. Grande boue sur la route. Sac très lourd. Je manque d’entraînement.

Grande halte à Gondreville à 12h. Je fais cuire une côtelette à la broche sur une baguette. Un peu saignante mais elle me parait succulente quoique sans sel.

Je repars avec le campement que je ne retrouve pas. Nous rentrons à 5h à la caserne Luxembourg. Tout va bien quoique fatigué.

Pas de lettre* depuis mon départ de Montargis.

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Caserne de Luxembourg - 1917

Le matin, arrivée de renforts de Montargis pour compléter les Cies*.

Nous retrouvons quelques amis et à 2 heures départ sous la pluie battante et dans la boue jusqu’aux chevilles.

Les nouveaux arrivés de Montargis trouvent le métier un peu dur mais tiennent bon.

Arrivée à 7h30 à Rosières-en-Haye. Nuit noire. Pas de place, toute la Cie* est dans une grange. Préparation d’un café sous la pluie. Coucher dans la paille la capote* mouillée.

ROSIÈRES-EN-HAYE – JEUDI 17 SEPTEMBRE 1914

Nous devions avoir réveil à 3h30. Contre ordre réveil à 5h. Préparation de la soupe dans la cour. Pluie boue.

Soupe au riz excellente. L’après-midi tout le monde dort. Coup d’œil très curieux sous la grange.

Obus* allemand dans la maison et dans le champ non éclaté.

Dormi l’après-midi sur un coffre à lapin. Un peu dur. Dîner excellent, soupe aux haricots, bœuf Vosgien.

Coucher dans la grange, paille abondante. Un peu froid le matin. Tout va bien.

ROSIÈRES-EN-HAYE – VENDREDI 18 SEPTEMBRE 1914JMO

Réveil à 3h30 contremande* à 6 heures. Déjeuner du matin; bifteck, pâté et café. Le soleil se montre un peu.

Déjeuner bifteck haricots. A midi je reçois enfin une carte datée du 15 et adressée directement à Toul. C’est la première depuis que je suis parti de Montargis.

Dîner et coucher dans la paille à 8 heures.

MINORVILLE – SAMEDI 19 SEPTEMBRE 1914JMO

Départ à 4h30 sous la pluie battante. Petite promenade de 15 km toujours sous la pluie, littéralement gelé.

Halte de 2h dans la boue à l’entrée du pays*. Jus* bien chaud.

Coucher sur la paille.

DANS LES CHAMPS EN AVANT DE MAMEY – DIMANCHE 20 SEPTEMBRE
1914JMO

Départ précipité à 5h30 sans pouvoir prendre le jus*. Marche sous la pluie.

A 8h nous prenons position de combat en attente à la corne de la forêt de Puvenelle.

Les batteries* françaises commencent le feu et nous restons en position d’attente sans manger (pas de ravitaillement*). Il pleut et il fait froid.

A 4h nous recevons l’ordre de partir en avant, le Colonel* et le Chef de Bataillon* sont affolés.

Déploiement en arrière d’une 1ére crête et nous partons. Nous laissons Mamey à notre gauche et arrivons vers 6 h dans un vallon où nous recevons enfin le baptême* du feu sous la forme d’une douzaine d’obus* allemands qui éclatent un peu en avant de la section*.

Le lieutenant* venant de me nommer chef de section*, je prends immédiatement les dispositions nécessaires, (en écaille*, en carapace* ou en tortue*) et je regarde, beaucoup plus curieux qu’effrayé, les éclatements des obus* qui du reste ne nous font aucun mal.

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Bois-le-Prêtre - 1914-1915
Observatoire

Quelques minutes après, une fusillade intense éclate en avant, un de mes hommes a peur et prend la fuite. Je fais le geste de tirer mais j’ai un remords de conscience et je n’exécute pas. C’était pourtant mon devoir*

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Un des 612 soldats français condamnés à mort pour désertion en 14-18

Cette fusillade n’est du reste pas dirigée sur nous et nous n’entendons siffler que quelques balles perdues.

Nous restons étendus dans la boue, la nuit tombe et nous gelons sur place.

Je me promène d’une section* à l’autre pour avoir des ordres qui sont de rester sur place.

Avec de la paille pourrie nous nous fabriquons un lit peu confortable et nous trouvons moyen de somnoler.

Le froid aux pieds me réveille, je me déchausse pour mettre une deuxième paire de chaussettes et en profite pour me déshabiller et mettre une ceinture de flanelle que j’ai bien l’intention de ne plus quitter.

Vers minuit nous recevons l’ordre de nous replier et dans la nuit noire comme un fond nous partons, glissant, trébuchant et tombant à qui mieux mieux.

Nous reprenons une position d’attente et nous nous recouchons dans la boue sous le vent glacial.

AU PETIT JOUR – LUNDI 21 SEPTEMBRE 1914JMO

Nous revenons encore en arrière et revenons prendre exactement la 1ére position que nous occupions. Nous n’avons rien touché la veille et il n’y a plus rien à manger. Je grignote des biscuits.

Vers 8 heures nous avons l’autorisation de faire du feu pour faire le jus*. Corvée* d’eau. Singe* chauffé et enfin le jus* arrive juste au moment où l’ordre arrive d’éteindre les feux.

Une heure après, une rafale d’obus* balaye le bois ou nous nous trouvons, nous l’abandonnons précipitamment et revenons dans le vallon où nous recevons presque de suite l’ordre de prendre position de réserve en arrière d’une crête. Il pleut toujours.

Après quelques allées et venues ma section* est désignée comme soutien d’artillerie* d’une batterie* qui vient de se déployer pour soutenir la retraite des forces françaises qui se replient. Le 167 et 168 ont parait-il de grosses pertes.

Je reçois l’ordre de tenir jusqu’au bout. Des villages brûlent en avant et éclairent la forêt car la nuit tombe. L’artillerie* se replie et je rejoins la Cie* qui va prendre grande* garde dans la ferme de Nanzéville. Orage épouvantable. Traversé lacs de boue.

Nous nous perdons et mettons une heure à faire 1 km. Réflecteur du dirigeable*.

Reconnaissance de la ferme dévastée. Effets, cadavres.

Formation dite grande* garde et petit poste*. J’ai dormi en tout 1 heure sur la planche.

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Bois-le-Prêtre - 1915
Boue dans une tranchée

FERME DE NANZÉVILLE – MARDI 22 SEPTEMBRE 1914JMO

Réveil brutal à 4 heures par un coup de fusil. Sac au dos, fusil au poing, je me précipite à la porte pour recevoir Perier** le 1er blessé qui a le petit doigt emporté. Il nous dit avoir vu dans un petit poste* une patrouille* allemande. Nous prenons les positions de défense et attendons avec impatience le lever du jour et une attaque qui doit être dangereuse étant donné notre mauvaise position.

Rien ne vient. Au jour nous fouillons le bois. Rien. Nous mettons la ferme en état de défense. J’ai toujours mes souliers mouillés.

Vers 1h rassemblement de la Cie* et nous repartons attaquer Mamey pour la 3ème fois.

Fatigué. A chaque arrêt je m’endors.

Déploiement 1ère ligne. Pluie d’obus*. 1 serre-file* blessé. Fusillade.

Mitrailleuse* est enfin arrivée à la crête sans tirer un coup de fusil. La horde se replie en désordre, ce qui nous force à reculer.

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Charge française - Env. 1915

Je reforme la section* et la replie en bon ordre à 50 m en arrière.

Contre ordre, je ramène la section* à la crête. Tout le monde marche, c’est dur. Nous restons une ½ heure sur place et nous nous replions en bon ordre par ligne de ½ section* par 2.

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Attaque française - Env. 1915

Superbe attitude d’un St Cyrien*.

Repli dans le vallon et position d’attente démoralisante de 3 heures dans la nuit et sous la pluie. Nous commençons seulement à trembler.

Enfin nous rentrons à Martincourt. Cantonnement* d’alerte. Feu pour se sécher et sommeil de 12h à 4h.

MARTINCOURT – MERCREDI 23 SEPTEMBRE 1914JMO

Réveil à coups de canon le 23 septembre, malgré cela nous buvons le café et faisons cuire la pitance*. Distribution de vivres de réserve et dispositions de combat. Je prends ces notes assis sur mon sac.

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1914-1915
Prise de notes

Le canon tonne. Il fait enfin un beau soleil. Les Allemands bombardent Martincourt.

Vers 5h30 nous allons reconnaître les positions et à la nuit nous prenons les avant-postes* au contact.

Nous passons la nuit allongés par terre en ligne, baïonnettes* au canon. Très froid. Pour dîner, une tranche de lard cru. C’est maigre. Blessé dans la nuit.

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Bois-le-Prêtre - Env. 1915
Une tranchée* de première ligne.

MARTINCOURT – JEUDI 24 SEPTEMBRE 1914JMO

Réveil au jour, nous sommes gelés. Café qui vient de Martincourt est froid.

Construction de tranchées* sur le plateau.

Déjeuner sur le terrain, soupe aux légumes excellente; il y avait vraiment longtemps que je n’avais mangé de légumes et je commence à avoir assez de singe* et de lard.

Beau soleil mais vent frais. Journée calme, rares coups de canon et de fusils. Relevés à la nuit et rentrée à Martincourt. Cantonnement* d’alerte. Je couche sur un sommier, maison abandonnée.

Lever 4h. Jus*. Lave mes mains. Prise de position en avant de Martincourt.

Vers 12h arrive la nouvelle que nous allons attaquer et quelque temps après, distribution de boucliers* portatifs car nous sommes en 1ère ligne. Léger frisson.

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Verdun - 1916
Attaque francaise

A 2h départ. Progression très lente jusqu’à Mamey qui est abandonné. Cartouches et matériel allemand.

Nous continuons en avant jusqu’à la route de Pont-à-Mousson et envoi de reconnaissance dans la nuit. Retour en arrière et coucher à la belle étoile. Froid.

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Pont-à-Mousson - Env. 1915
Bombardement

MARTINCOURT – SAMEDI 26 SEPTEMBRE 1914

En avant de Mamey. Manger bœuf froid, café, gras de bœuf chaud et bouillon. Rhum.

A 9h prise de position et à 11h ordre d’attaque direction Fey-en-Haye.

Nous avançons de 100 m et ensuite restons sur place jusqu’à la nuit.

Duel féroce d’artillerie*. A la nuit nous partons en avant et marchons jusqu’à 2h du matin pour prendre position à 300m des Allemands.

Coucher sur la terre. Forte rosée. froid.

FEY-EN-HAYE – DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 1914JMO

Dès le jour, construction de tranchées* et ½ heure après nous recevons les premiers obus*. Nous nous déplaçons de l’axe de tir et formons la carapace*.

Vers 8 heures nous recevons l’ordre de nous porter en avant occuper une crête très dangereuse. Marche pénible en avant et infiltration.

Au bout d’un quart d’heure nous recevons des obus* et bientôt véritable pluie de percutants*. Lieutenant* tué et 38 hommes hors de combat. Obligé de reculer sous pluie d’obus*.

Bon ordre. Pas de pertes à ma section*, Sergent* Maillefert** blessé.

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Bois-le-Prêtre - Env. 1915
Tranchée* de première ligne

Retraite, prise de petits postes* et rentrée à Mamey à 4h. Nombreux cadavres dans le bois.

Nous touchons du pain et du bœuf car nous n’avions rien touché depuis la veille au matin. Le café est resté sous la pluie d’obus*.

Position de bivouac* à côté de Mamey. 4 hommes tués et 33 blessés* à la Cie* sans tirer un coup de fusil.

MAMEY – LUNDI 28 SEPTEMBRE 1914JMO

Nuit froide. Départ en avant et construction de tranchées* renforcées.

Journée tranquille à part quelques douzaines d’obus* qui ne nous font aucun mal.

MAMEY – MARDI 29 SEPTEMBRE 1914JMO

Nuit passée dans les tranchées* construites la veille. Abris* en branches et paille, position très mal commode.

Reconstruction et renforcement de la tranchée. Richez** adjudant*.

MAMEY – MERCREDI 30 SEPTEMBRE 1914

Même situation.

Beau temps. Quelques obus*. A 6 heures départ et marche de nuit pour prise de position en avant à gauche de Fey-en-Haye.

Construction d’abris* toute la nuit.

FEY-EN-HAYE – JEUDI 1ER OCTOBRE 1914

Continuation de la construction des tranchées* à hauteur de Fey-en-Haye.

Je me débarbouille pour la 1ère fois depuis Rosières-en-Haye.

Arrivée de l’adjudant* Kreutzmeyer** qui prend le commandement de la 1ére section*.

Passé la nuit dans les tranchées*, abris* assez bien, pas froid.

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Front français, dans un abri souterrain

FEY-EN-HAYE – VENDREDI 2 OCTOBRE 1914

Position d’attente. Quelques obus*

FEY-EN-HAYE – SAMEDI 3 OCTOBRE 1914

Rien de nouveau.

FEY-EN-HAYE – DIMANCHE 4 OCTOBRE 1914

Rien de nouveau.

FEY-EN-HAYE – LUNDI 5 OCTOBRE 1914

Je suis de jour. Quelques obus*.

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Lieu inconnu - Env. 1915
Tranchée* française

FEY-EN-HAYE – MARDI 6 OCTOBRE 1914

Bombardement intense de nos tranchées* par les Allemands. 1 tué, 2 blessés. Passé la nuit à faire des tranchées*. Très froid.

FEY-EN-HAYE – MERCREDI 7 OCTOBRE 1914JMO

Le matin repos. A midi départ en reconnaissance sur le village de Regniéville-en-Haye.

Traversée du Bois Brûlé. Petits postes*, sentinelles, tombes. Je suis de patrouille*. 3 hommes. Parcours très dangereux 800m de ravin découvert sous l’œil des sentinelles allemandes. Adieux et parcours très vite. Arrivé sur la crête à 200 m des tranchées* allemandes occupées. Non vus. Reconnaissance de Regniéville et Remenauville.

Groupes allemands. Retour. Coup de canon. Emotion. Impatience du Colonel*. Souper de bon appétit haricots.

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Bois-le-Prêtre - Env. 1915
En 1ère ligne. La Tranchée* allemande est en face de l’observateur

FEY-EN-HAYE – JEUDI 8 OCTOBRE 1914JMO

Nuit tranquille. Le froid augmente. Tranchée* dans bois à l’emplacement de la veille.

FEY-EN-HAYE – VENDREDI 9 OCTOBRE 1914JMO

Nuit de veille aux avant-postes*. Faction* dans l’arbre. Nous nous replions en 2ème ligne. Bois-de-la-Lampe.

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Bois-le-Prêtre - Env. 1915
Tranchée* de 2ème ligne

FEY-EN-HAYE – SAMEDI 10 OCTOBRE 1914JMO

Repos en 2ème ligne. Quelques obus*. Reçu chaussettes.

FEY-EN-HAYE – DIMANCHE 11 OCTOBRE 1914JMO

Matinée tranquille dans le bois. Douleurs dans les pieds. L’après-midi nous revenons à Mamey. Sac lourd. Dîner frites. Coucher dans une grange.

MAMEY – LUNDI 12 OCTOBRE 1914JMO

Séjour à Mamey. Déjeuner pomme au lard. Dîner superbe, potage concentré, salade de homard, bifteck, pommes soufflées, café et mirabelle. Nous nous couchons à 10h du soir dans une maison qui n’a ni portes ni carreaux. Beau temps.

MAMEY – MARDI 13 OCTOBRE 1914JMO

Reçu gants et provisions*. Déjeuner avec conserves de pieds de bœuf et pommes de terre.

Départ de Mamey et reprise des positions de 1ère ligne contre le bois dit « le Brûlé ».

L’après-midi, reconnaissance de la côte 330 pour emplacement petits postes*. Retour sous pluie d’obus*. Capitaine* Wihmet** blessée.

Départ à 6h30 pour prendre poste* écarté à la côte 330 avec 3 hommes. Appréhension.

Boistel** pour 2ème poste*. Réunion de 2 postes* pour la nuit. Hallucination. Nuit calme à 200m des Allemands. Retour à 9 h du matin.

MAMEY – MERCREDI 14 OCTOBRE 1914

Essai de repos dans la journée. Quelques obus*. Bonne nuit.

MAMEY – JEUDI 15 OCTOBRE 1914

Journée calme. Fusillade dans la nuit.

1 heure pour rassembler la section* de piquet*, fureur du Lieutenant* qui veut faire rétrograder* Labarre**.

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Bois-le-Prêtre - Env. 1915

MAMEY – VENDREDI 16 OCTOBRE 1914

Au réveil, de garde dans la tranchée* jusqu’à midi. Après-midi calme. Gruyère.

MAMEY – SAMEDI 17 OCTOBRE 1914

Repos dans les abris*. Le soir, la nuit retour à Mamey. Nuit noire. Boistel** oublié en petit poste*.

MAMEY – DIMANCHE 18 OCTOBRE 1914

A Mamey, retour de Boistel** à 9h le soir, je suis nommé directeur des postes*.

MAMEY – LUNDI 19 OCTOBRE 1914

A Dieulouard en vélo pour pompes*. Provision* de bouche au retour. Bon déjeuner et bon dîner.

MAMEY – MARDI 20 OCTOBRE 1914

Réparation de pompes*. Dîner pigeons et très joyeux. Départ à 1 heure du matin pour l’attaque du Bois-de-Mort-Mare. Marche de nuit dans la boue. 5 heures sac au dos.

Bombardement français vers les allemands.

Terrible et attaque à la baïonnette* dans la nuit. Nous avançons un peu sans pouvoir pénétrer dans le bois.

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Lieu et date inconnus
Attaque de soldats français depuis une tranchée.

BOIS-DE-MORT-MARE – MERCREDI 21 OCTOBRE 1914

Construction de tranchées* en avant de Bois-de-Mort-Mare sous obus* ennemis. A la nuit, reconnaissance de tranchées* sur la crête.

Je ramène un blessé.

A 11 heures du soir, ordre de se porter en avant pour notre section* sous pluie d’obus* et de balles. Attitude de l’adjudant*. Coup de crosse et construction de tranchées*.

6 blessés, gamelle bosselée et obus* sur couverture. Petit poste* de 4 hommes jusqu’au jour. 1 homme au conseil de guerre.

BOIS-DE-MORT-MARE – JEUDI 22 OCTOBRE 1914

Relève au jour et repos dans la tranchée* sous obus*. Boistel** blessé. Éveil démantelé. Clocher. Départ à la nuit des tranchées*. Rentrée à Mamey.

MAMEY – VENDREDI 23 OCTOBRE 1914

Distribution de linge, magnifique.

Continuation des réparations de pompes*.

MAMEY – SAMEDI 24 OCTOBRE 1914JMO

Réparation de pompes* à Mamey. Déjeuner et dîner à la cuisine.

MAMEY – DIMANCHE 25 OCTOBRE 1914JMO

Suite des réparations des pompes*. Sommier lit de plume et édredon.

MAMEY – LUNDI 26 OCTOBRE 1914JMO

Suite des pompes*.

MAMEY – MARDI 27 OCTOBRE 1914JMO

Suite des pompes*. Bombardement de Mamey.

MAMEY – MERCREDI 28 OCTOBRE 1914JMO

Suite des pompes*. Bombardement journalier.

MAMEY – JEUDI 29 OCTOBRE 1914JMO

Déjeuner chocolat au lait condensé.

Suite des pompes*. A 2 heures départ de la Cie* pour attaque du Bois-le-Prêtre en avant de Montauville près de Pont-à-Mousson. Action vive dans laquelle le 168ème avance de 2 km.

Je reste à Mamey. Transport de la soupe à la Cie* et ravitaillement*. Je n’ai plus de souliers.

photo 27
Bois-le-Prêtre - 1915
Corvée* de soupe

MAMEY – VENDREDI 30 OCTOBRE 1914JMO

Suite des pompes* et puits. Ravitaillement* de la Cie* en 1ère ligne. Blessure de Cordel** soignant un blessé allemand. Obus* dans Mamey.

MAMEY – SAMEDI 31 OCTOBRE 1914JMO

Suite. Les cuisiniers partent à Montauville. L’équipe de pompiers* est versée en subsistance à la H.R.*

MAMEY – DIMANCHE DE LA TOUSSAINT 1 NOVEMBRE 1914JMO

Suite des pompes*. Beau soleil. Je m’ennuie.

MAMEY – LUNDI 2 NOVEMBRE 1914JMO

Désinfection de puits*. Enterrement de Hugues**. Tri de 16 sacs de colis.

La Cie* à l’attaque du Bois-le-Prêtre. Mort des Lieutenants* Chervin** et Ossude.**

photo 28
Une attaque

MAMEY – MARDI 3 NOVEMBRE 1914JMO

Désinfection cave. Bataille sur les hauts de Meuse. Eclairs des obus*.

MERCREDI 4 NOVEMBRE 1914JMO

Construction d’égout. Désinfection de puit* suite de l’attaque de Bois-le-Prêtre.

Lutte d’artillerie* et d’infanterie*.

JEUDI 5 NOVEMBRE 1914JMO

Rien de nouveau.

VENDREDI 6 NOVEMBRE 1914JMO

Dito.3†

SAMEDI 7 NOVEMBRE 1914JMO

Dito.

DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1914JMO

Dito retour de la Cie*.

LUNDI 9 NOVEMBRE 1914JMO

Je rentre à la Cie*.
photo 29
Bois-le-Prêtre - 1915
Cantonnement*

MARDI 10 NOVEMBRE 1914JMO

Départ pour les tranchées* en avant de Fey-en-Haye.

Brouillard. Froid.

MERCREDI 11 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*. Obus*.

JEUDI 12 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*

VENDREDI 13 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*. Obus*.

SAMEDI 14 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*. Obus*. Mort de Jonquet** tué par obus*.

DIMANCHE 15 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*. Bombardement Allemand, abris* inondés pendant la nuit.

photo 30
Lieu et date inconnus
Après l’attaque

LUNDI 16 NOVEMBRE 1914JMO

Retour à Mamey sous la pluie. L’après-midi dans la forêt de Puvenelle aux pieux. Arrivée des bleus* de Montargis**.

MARDI 17 NOVEMBRE 1914JMO

À Mamey au repos.

MERCREDI 18 NOVEMBRE 1914JMO

Retour aux tranchées* en 1ére ligne.

JEUDI 19 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*.

Patrouille* près des tranchées* Boche* pour protéger la corvée* de morts*. Très froid.

photo 31
Bois-le-Prêtre - 1915
Relève des cadavres

VENDREDI 20 NOVEMBRE 1914JMO

Aux tranchées*. 2ème patrouille*. Ramené 3 morts.
photo 32
Bois-le-Prêtre - 1915
Transport de cadavres

SAMEDI 21 NOVEMBRE 1914

Retour à Mamey.

DIMANCHE 22 NOVEMBRE 1914

À Mamey. Corvée* de piquets*.

LUNDI 23 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*. 3ème patrouille*. Fusillade.

Ma pauvre Lolotte4† qui me dit qu’elle me sent près du feu. Je te crois.

Perdu dans la nuit au retour.

MARDI 24 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*.

MERCREDI 25 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*. Cris dans la nuit, patrouille* aux premières lignes dans la neige.

JEUDI 26 NOVEMBRE 1914

Rentre à Mamey. Malade. Repos à la chambre* avec Rose**.

VENDREDI 27 NOVEMBRE 1914

À Mamey. Repos.

SAMEDI 28 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*. Obus*.

DIMANCHE 29 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*. De jour resté à Mamey pour lettres*.

LUNDI 30 NOVEMBRE 1914

Aux tranchées*. Obus* à 10m de la tranchée.

MARDI 1 DÉCEMBRE 1914

Aux tranchées*.

MERCREDI 2 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Corvée* de lavage à Martincourt. Demande de rétrogradation*.

JEUDI 3 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Rapport du Colonel* et convocation avec Lt. Blanchet**.

VENDREDI 4 DÉCEMBRE 1914

Retour aux tranchées* le long de la route de Thiaucourt.

PAGE ENTRE LE 4 ET 5 DÉCEMBRE 1914

photo 33
Ces deux pages viennent interrompre les “notes de guerre”.
Elles contiennent les noms des soldats des deux demi-sections*
sous les ordres de Jules Colliot

Transcription

1ére ½ section* – Colliot chef de section* 1ére ½

SAMEDI 5 DÉCEMBRE 1914

Je passe à la 2ème Cie* à Nancy. Réception très cordiale.

DIMANCHE 6 DÉCEMBRE 1914

En réserve*. Pluie. Épuisement d’eau dans l’abri*.

LUNDI 7 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Abri* avec le Lt. Lebel**. Jeu*. Quart*.

photo 34
Date et lieu inconnus
Jeux de cartes

MARDI 8 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Pluie.

MERCREDI 9 DÉCEMBRE 1914

Dito.

JEUDI 10 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Fièvre* typhoïde.

VENDREDI 11 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Progression dans le Bois-le-Prêtre. Douches.

SAMEDI 12 DÉCEMBRE 1914

A Mamey. Planton* aux feuilles*. Bombardement furieux du Mort-Mart.

DIMANCHE 13 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Bombardement du Bois-de-Mort-Mare et de nos tranchées*. Abris* traversés par la pluie.

LUNDI 14 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Bombardement du Bois-de-Mort-Mare. À la nuit attaque du Bois-le-Prêtre. Alerte sous la pluie. Dans la tranchée*, obus* éclairants et obus* à mitraille*.

MARDI 15 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Bombardement de Bois-de-Mort-Mare.

photo 35
Lieu inconnu - 1914
Tranchée* de 1ére ligne

MERCREDI 16 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Construction de tranchées*. Coupe et plans de tranchées*.

JEUDI 17 DÉCEMBRE 1914

En soutien. Abri* du Capitaine*.

VENDREDI 18 DÉCEMBRE 1914

En soutien. Abris* du Capitaine*. Fusant* sur groupe de travailleurs commandé par moi.

Un homme blessé à 2 m de moi. Je le panse et les infirmiers l’emportent.

photo 36
Lieu inconnu - Env. 1915
Infirmiers

SAMEDI 19 DÉCEMBRE 1914

À Mamey au repos. Bain.

DIMANCHE 20 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Pluie. Construction de trous* de loups.

LUNDI 21 DÉCEMBRE 1914

En 1ére ligne. Pluie. Couverture de l’abri* en fibrocimen5†. Bombardement.

MARDI 22 DÉCEMBRE 1914

En 1ére ligne. Couverture. Bombardement de la réserve par obus* de 155.

MERCREDI 23 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne.

JEUDI 24 DÉCEMBRE 1914

En 1ère ligne. Neige. Réveillon. Boudin et poêle à marron.

photo 37
Bois-le-Prêtre - 1915
Secteur de la Croix des Carmes. 30 mètres des Boches*

VENDREDI 25 DÉCEMBRE 1914

En réserve* au Bois-le-Prêtre.

Liaison avec le 168*. Boyaux* tranchées* abris* bouclier* de rempart, sape* à 15 m des tranchées* des Boches*. Œufs au jambon.

SAMEDI 26 DÉCEMBRE 1914

En réserve. Gelé. Bûcheron* dans la forêt.

DIMANCHE 27 DÉCEMBRE 1914

À Mamey. Bain.

LUNDI 28 DÉCEMBRE 1914

De garde à Mamey.

MARDI 29 DÉCEMBRE 1914

Relève de garde à 5h et départ en 1ère ligne.

Changement d’itinéraire pour éviter arrosage Boche*.

Travail à la sape* allant vers Fey-en-Haye.

Bombardement Allemand et coup de fusil sur moi. Les Boches* sont vraiment maladroits.

La nuit, nouveau bombardement. Un homme blessé à la tête par éclat d’obus*.

photo 38
Bois-le-Prêtre - 1915

MERCREDI 30 DÉCEMBRE 1914

Travaille à la sape*. Obus*. Repérage de batterie* à gauche du Bois-de-la-Râpe.

JEUDI 31 DÉCEMBRE 1914

Travaille à la sape*. Bombardement Boche*. Un homme blessé. Dans la nuit vers 11h ½ vive fusillade.

Alerte. Tout le monde dans la tranchée* sous la pluie. 1er Janvier. Boche*.

Nous jouons aux cartes et soupons. Maquereaux marinés et homard. Je suis crotté jusqu’aux genoux sans exagération.

VENDREDI 1 JANVIER 1915

Nous nous souhaitons une bonne année à minuit en revenant de la tranchée. Très cordial. Réveil vers 7 heures. Chocolat au lait.

Allocution du capitaine. Compliment au Lieutenant* Labeur** promu. Déjeuner. Marennes* avec Haut Sauterne. Jambon et beurre. Camembert avec Bordeaux rouge. Confiture, café et cigare. Après tout le monde ronfle.

SAMEDI 2 JANVIER 1915

Nous redescendons en réserve*. Continuation de fêtes. Pluie. Boue épouvantable. Abri* traversé Rimailho* de 155.

DIMANCHE 3 JANVIER 1915

En réserve*.

Une patrouille* rapporte le cadavre de Rayard** Aimée tué le 21 sept.6†

Reconnaissance dans la nuit. Mise en terre.

LUNDI 4 JANVIER 1915

À Mamey. Bain.

MARDI 5 JANVIER 1915

À Mamey. De jour. Je trotte en sabots toute la journée. Boue.

MERCREDI 6 JANVIER 1915

En 1ère ligne. Travaux.

JEUDI 7 JANVIER 1915

En 1ère ligne. Travaux et relevés topographiques* des boyaux* et tranchées* de la 2ème Compagnie*.

166 m de tranchée* de combat et 1140 m de boyaux*. Inondation.

photo 39
Bois-le-Prêtre (Hiver 1914 - 1915)
Construction d’un boyau

VENDREDI 8 JANVIER 1915

En 1ère ligne. Vers 9 heures, alerte, tout le monde dans la tranchée*.

Ordre d’attaque. En attente.

Bombardement français très violent et riposte allemande. Pas de perte.

SAMEDI 9 JANVIER 1915

En 1ère ligne. Bombardement Pluie et inondations.

DIMANCHE 10 JANVIER 1915

En réserve*. Nous organisons un concert à la 14ème Cie* avec comme basse grondante un bombardement sur les Hauts de Meuse.

LUNDI 11 JANVIER 1915

En réserve*. Pluie. Boue, inondation. Concert.

MARDI 12 JANVIER 1915

En réserve* dans le Bois-le-Prêtre. Bombardement. Bûcheron* et scieur* de long.

MERCREDI 13 JANVIER 1915

En réserve*.

JEUDI 14 JANVIER 1915

Nous remontons en 1ère ligne pour réparer les abris*. Visite et démolition des abris* de la 1e Cie*.

VENDREDI 15 JANVIER 1915

En 1ère ligne. A 4 heures exercice d’alerte. Construction d’observatoire*.

SAMEDI 16 JANVIER 1915

En En 1ère ligne. Suite de l’observatoire*. Bombardement. Toujours la pluie. Travail de nuit à l’observatoire* par pluie torrentielle et glacée.

photo 40
Bois-le-Prêtre - 1915
Tranchée* 1ère ligne

DIMANCHE 17 JANVIER 1915

Dès le petit jour je finis l’observatoire* que les artilleurs* viennent aussitôt occuper.

Dès 7 heures, attaque au Bois-le-Prêtre. Bombardement et réplique Boche*.

Nous progressons.

Tout le monde en tenue* en prévision de contre-attaque qui se produit par l’artillerie*.

Un homme tué par une boîte à mitraille*. Prisonniers Boches* 103.

photo 41
Les Eparges - 1915

LUNDI 18 JANVIER 1915

Travaux à l’observatoire* et aux tranchées* de flanquement*. Bombardements intensifs. 3 alertes de jour. 1 alerte de nuit.

photo 42
Les Éparges - Février 1916
Nettoyage d’un boyau

MARDI 19 JANVIER 1915

De jour. travaux dito.

Bombardement de nos tranchées* par grosse pièce* Boche*. Un obus* à 1 m de l’observatoire*. L’observateur fait la pirouette. Abris* à reconstruire. Personne de touché.

Je vais aux lettres* à 5h et je retourne seul dans la nuit, dans la neige avec la lune à ½ voilée. Sinistre.

Vive fusillade et canonnade dans le Bois-le-Prêtre ou nous attaquons. Mines*. Rimailhos*. Hurlements et bruits de charge à la baïonnette*. A la Cie* je trouve tout le monde en alerte.

De 6 à 9, 3 alertes consécutives. Nous boulottons dans la tranchée. Nuit assez calme. Effet terrible des mines* et du Rimailho*. Corps déchiquetés. Capitaine* Boche* en morceaux dans un arbre. Nous progressons malgré 2 graves contre-attaques.

photo 43
Bois d’Avocourt - 1918
Soldat français projeté dans un arbre après une explosion

MERCREDI 20 JANVIER 1915JMO

Matinée calme. A 3h contre-attaque Boche* précédée de bombardements Kolossal* par Fusant*. Toujours en alerte.

JEUDI 21 JANVIER 1915JMO

Nouvelle attaque dans la nuit dans le Bois-le-Prêtre.

VENDREDI 22 JANVIER 1915JMO

Bombardement sur le Bois-le-Prêtre et attaque à la tombée de la nuit. Alerte.

photo 44
Lieu inconnu - 1914
Explosion

DIMANCHE 24 JANVIER 1915JMO

Nous descendons en 2ème ligne dans le Bois-le-Prêtre et commençons à nous approvisionner. Neige.

LUNDI 25 JANVIER 1915JMO

En 2ème ligne. Alerte. Bataille à coups de boules* de neige.

MARDI 26 JANVIER 1915JMO

En 2ème ligne. Repas fameux.

MERCREDI 27 JANVIER 1915JMO

Promenade à Montauville.

JEUDI 28 JANVIER 1915JMO

À Mamey. Douches et construction de tentes dans la grange. Les hommes gèlent. Promenade sur une charpente gelée pour avoir du bois.

VENDREDI 29 JANVIER 1915

À Mamey.

Vaccination contre la typhoïde*. Un obus* dans les feuillées*.

SAMEDI 30 JANVIER 1915

Après la vaccination, fièvre*, courbatures, insomnie.

DIMANCHE 31 JANVIER 1915

À Mamey, cela va mieux.

LUNDI 1 FÉVRIER 1915

Nous remontons aux tranchées* et nous sommes de suite arrosés. Casquette* sur la tranchée*.

MARDI 2 FÉVRIER 1915

Suite des travaux de casquette*. Brouillard. Pluie d’obus*. 1 blessé léger.

MERCREDI 3 FÉVRIER 1915

Suite des travaux par du brouillard. L’après-midi nous sommes bombardés par 3 batteries* Boches* sans résultat. Dégel et inondations.

JEUDI 4 FÉVRIER 1915

Nous reconstruisons les boyaux* qui s’effondrent par suite du dégel.

photo 45
Bois-le-Prêtre - 14 février 1915
Les tranchées sous la neige

VENDREDI 5 FÉVRIER 1915

Retour à Mamey.

L’après midi corvée* de piquets* à Puvenelle. Beau soleil. Pose sur hamac de branches.

SAMEDI 6 FÉVRIER 1915

Vaccination 2ème fois.

DIMANCHE 7 FÉVRIER 1915

Repos après vaccination. Je fais des œufs à la neige.

Bombardement du pays* dans la nuit. La maison tombe. Je me rendors.

LUNDI 8 FÉVRIER 1915

Affaire Guiot**.

MARDI 9 FÉVRIER 1915JMO

Nous remontons en 1ère ligne pour recevoir quelques bordées d’obus*.

Mais nous répondons par du tir direct par rafale.

photo 46
Bois-le-Prêtre - 1915
Première ligne

MERCREDI 10 FÉVRIER 1915JMO

Pluie. Tout s’écroule.

Patrouille* de nuit vers Fey-en-Haye. Nuit noire. Fusées*.

JEUDI 11 FÉVRIER 1915JMO

En 1ére ligne. Casquette*.

SAMEDI 13 FÉVRIER 1915JMO

Retour à Mamey.

Installation de toiles de tente dans la grange. Revue d’armes.

DIMANCHE 14 FÉVRIER 1915JMO

Réparation couverture. Vaccination.

LUNDI 15 FÉVRIER 1915JMO

De jour à Mamey.

MARDI 16 FÉVRIER 1915JMO

Alerte vers 11 h. tout le monde en tenue* prêt au départ.

Bombardement sur Bois-de-Mort-Mare.

MERCREDI 17 FÉVRIER 1915JMO

Retour en 1ère ligne. Travaux.

VENDREDI 18 FÉVRIER 1915JMO

Bombardement terrible sur Verdun.

VENDREDI 19 FÉVRIER 1915JMO

Suite de la bataille sur Verdun. Avion Boche* descendu à Dieulouard.

photo 47
Forêt de Puvenelle - Octobre 1915
Aviateurs allemands abattus

SAMEDI 20 FÉVRIER 1915

Bataille sur Verdun.

DIMANCHE 21 FÉVRIER 1915

Retour à Mamey. Douches. Attaque sur Bois-le-Prêtre.Reprise du signal de Xon.

LUNDI 22 FÉVRIER 1915

Toute la journée en alerte pour attaquer sur Bois-le-Prêtre.

MARDI 23 FÉVRIER 1915

Retour brutal aux tranchées* pour remplacer le 2e Bataillon* qui part à Montauville et Bois-le-Prêtre.

Tempête de neige. Nuit épatante sous un tout petit gourbi* avec Urbain**.

MERCREDI 24 FÉVRIER 1915

Quelques obus*. Nous rebouchons les boyaux* et abris* effondrés. Serait-
ce le commencement de la fin?

JEUDI 25 FÉVRIER 1915

Nous remontons aux tranchées* de 1ère ligne.

Travaux. Patrouille* vers Fey-en-Haye par clair de lune splendide. Reconnaissance à la jumelle.

VENDREDI 26 FÉVRIER 1915

En 1ère ligne. Obus*. Nous commençons un abri* d’artillerie*.

DIMANCHE 28 FÉVRIER 1915

En 1ére ligne. Bombardement. 3 obus* sur la casquette*. Jacob** saigne dunez et Courtin** à une bosse par un obus*.

photo 48
Bois-le-Prêtre - Env. 1916
Le Sergent* Jacob auprès d'un « navet » envoyé par les boches (Légende originale)

LUNDI 1 MARS 1915

Bombardement, un obus* sur la tranchée* retourne Urbain** comme une crêpe. Il a la figure tachetée de pierraille et grains de poudre.

MARDI 2 MARS 1915

En 1ère ligne. Bombardement très dense. Je répare la casquette*.

MERCREDI 3 MARS 1915

En creusant l’abri* des observateurs*, je me montre un peu trop et les Boches* veulent prendre ma tête comme carton. Ils me ratent comme de bien entendu.

JEUDI 4 MARS 1915

Retour au patelin*, je retrouve Urbain** qui est bien portant quoique gelé. Tympan crevé. Douche.

VENDREDI 5 MARS 1915

Nous dégustons des huîtres et je prends la garde à l’Auberge Navé. Attaque de nuit des Boches* sur le Bois-le-Prêtre. Repoussée avec perte et fracas.

SAMEDI 6 MARS 1915

Travaux de campagne au patelin*. Il pleut. Boue pour ne pas changer.

DIMANCHE 7 MARS 1915

Travaux de campagne dito.

LUNDI 8 MARS 1915

Retour aux tranchées*. Il y a eu dans la nuit une attaque vite repoussée.

MARDI 9 MARS 1915

Un obus* entre par un créneau* entre Minacca** et moi.

photo 49
Bois-le-Pretre - Date inconnue

Nous ramassons la fusée* pour faire des bagues* en souvenir.

photo 50
Lieu et date inconnus
Artisanat de tranchée*

MERCREDI 10 MARS 1915

Toujours aux tranchées*.

Un poilu* de la 3ème Cie* se suicide*. Mauvais signe. Étant sur le talus de la mitraillette, un obus* qui arrive sur l’abri* de la 16ème me fait descendre en vitesse.

JEUDI 11 MARS 1915

Suite de l’abri* des artilleurs*. Bombardement moyen. Attaque sur le Bois-le-Prêtre. Patrouille* dans la neige.

VENDREDI 12 MARS 1915

Gabarit* de tranchée* à faire. La nuit suivante schrapnell*, Leprince** a ses 2 pantalons et son caleçon traversés sans une égratignure.

En sautant dans le boyau* Cault** me flanque sa pioche dans la figure. A 6h1/2 du soir nous partons tracer et construire une tranchée* à 300 men avant de notre 1ère ligne et nous travaillons jusqu’à 5h1/2 du matin malgré une vive attaque qui se produit sur notre droite et qui nous arrête une 1/2h et quelques obus* formant étoile filante.

photo 51
Lieu inconnu - Env. 1916
Aménagement d’une tranchée abri

J’ai une indigestion de sacs de terre et en rentrant je perds mon portemonnaie.

SAMEDI 13 MARS 1915JMO

Nous redescendons au pays* absolument cuits. Je m’allonge et dors toute la matinée.

Création du mess* des sous off.

DIMANCHE 14 MARS 1915JMO

Toute la journée en alerte car notre tranchée nouvelle est terriblement bombardée. Elle reçoit 130 obus*.

La 4e Cie* s’y maintient cependant et la renforce.

Le soir nous mettons sac au dos et nous repartons renforcer la 4e. Boyaux* casse cous.

LUNDI 15 MARS 1915JMO

Repos à Mamey.

MARDI 16 MARS 1915JMO

À Mamey. Revu. Nous remontons aux tranchées* à 6h du soir.

Garde dans tranchée* de 1,sup>ère ligne sous les obus* pendant attaque violente dans le Bois-le-Prêtre.

MERCREDI 17 MARS 1915

Repos le matin et aménagement de la tranchée* de 1ère ligne. Obus*.

Travaux de nuit pour construction de sape* et nouvelle tranchée* sous feux Boches*.

2 Hommes tués, 1 sergent* et 1 caporal* blessés. (Remond Rizzoli**).

JEUDI 18 MARS 1915

Suite des travaux à la tranchée* de 1ère ligne.

De garde dans cette tranchée* de 18h a 24 h. Nuit noire et pluie. Souper à 1h du matin.

VENDREDI 19 MARS 1915

Repos. J’en ai besoin.

SAMEDI 20 MARS 1915

Aménagement de la tranchée*, casquettes*, créneaux*, périscopes*, etc.

Etant avec le Capitaine* et le Lieutenant* nous envoyons quelques coups de fusil dans le créneau* de Fey. Ils nous répondent par 5 obus*. Quels butors7†.

DIMANCHE 21 MARS 1915

À Mamey. Repos sous bombardement par nos pièces*. Dégâts.

LUNDI 22 MARS 1915

Corvée* de lavage à Saint Jean et au retour football*.

MARDI 23 MARS 1915

Corvée* de salubrité.

photo 52
Bois-le-Prêtre - 1915
Relève des morts

MERCREDI 24 MARS 1915

Revue par Intendant et garde au calvaire*. Pluie battante et froid.

photo 53
Bois-le-Prêtre - 8 juin 1915
La Croix des Carmes en première ligne

JEUDI 25 MARS 1915

De garde toute la journée. Arrestation d’un espion* qui n’en était pas un.

VENDREDI 26 MARS 1915

À Mamey.

SAMEDI 27 MARS 1915

Retour aux tranchées*.

VENDREDI 2 AVRIL 1915JMO

Je n’ai rien pu noter depuis le 27/3 et cependant il s’est passé pas mal d’événements.

D’abord renforcés par le 29ème nous avons construit une sape* contournant Fey-en-Haye et y avons pris la garde nuit et jour. Patrouille* de liaison avec la 3ème Cie* et avec le 29ème Régiment* par violente tempête de neige.

Le 31 mars après 12 heures de garde dans la tranchée* nous recevons l’ordre d’attaquer Fey-en-Haye. Au moment du rassemblement de la Cie*, le Capitaine* me donne le commandement de la section* en remplacement de Lebel**. Au moment où le Capitaine* donnait les ultimes recommandations à la 8e ½ section* chargée de flanquer la droite de la Cie*, une salve d’obus* arrive sur le groupe tuant net le Capitaine, un caporal* et 5 hommes et dissémine la ½ section* dont il ne restait qu’un caporal* et 2 hommes. Manqué pour une entrée en matière.

Je rassemble la section* qui se ressaisit bien et nous partons en avant. Beaucoup d’allant. Nous contournons et cernons le pays* en avant duquel nous travaillons toute la nuit à établir une ligne de tranchée*.

Une patrouille* fouille le pays*. Vers 24h une fougasse* Boche* éclate à 20m derrière ma section*, nous recevons des pierres et Lemoine** disparaît. Toutes les recherches restent vaines.

Au jour le 1er avril les Boches* commencent à nous bombarder et à bombarder le village qu’ils incendient complètement. Cela dure toute la journée pendant laquelle nous travaillons à renforcer notre tranchée*. Nous touchons pour tout ravitaillement* une ½ boule de pain et souffrons surtout de la soif.

A la nuit suivante nous recherchons encore Lemoine** et visitons enclos et maisons sans emporter d’armes. Nous ne trouvons rien sauf plusieurs fils d’électricité et de téléphone que nous coupons.

A 4 heures du matin nous sommes relevés par le 138e Régiment* et descendons à l’auberge Saint Pierre où j’apprends la mort de Richez** tué à la tête de sa section* pendant une charge à la baïonnette*.

photo 54
Bois-le-Prêtre - 1915
Charge française

Perte à la section*: 1 caporal* et 5 hommes tués, 18 blessés* et 1 disparu.

Nous partons cantonner* à Montauville et dans l’après-midi je m’endors en lisant le journal. Nous sommes très bien reçus et nous nous refaisons un peu.

Enterrement du capitaine* et de Richez** à Montauville.

DIMANCHE 4 AVRIL 1915JMO

Le soir, nous mettons sac au dos et repartons pour le Bois-le-Prêtre. Il bruine et de 7h à 11h nous marchons dans les boyaux*, véritable calvaire.

De 11h à 4h½ nous travaillons à la construction d’une tranchée* à 75 m des Boches* et malgré les obus* nous rentrons sans blessés.

Nous sommes de véritables blocs de boue du Képi* aux souliers y compris sac et musette* etc. En rentrant à Montauville nous nous couchons.

LUNDI 5 AVRIL 1915JMO

Repos. Alerte le soir, mais nous ne partons pas.

MARDI 6 AVRIL 1915JMO

À Pont-à-Mousson. Déjeuner propre, champagne et achats aux Remises.

MERCREDI 7 AVRIL 1915JMO

Repos à Montauville.

Très bien reçu par habitants de Montauville.

JEUDI 8 AVRIL 1914JMO

Nous remontons au Bois-le-Prêtre et pendant le trajet je reçois un éclat d’obus* qui traverse ma capote* et m’amoche le genou sans me blesser.

Tranchées* complètement bouleversées par les bombardements Boches* et Français, blockhaus* sauté, tas de cadavres. Pluie et de l’eau jusqu’aux genoux.

Pas d’abri* et nourriture très douteuse et rare compensée par nombreuses marmites*, grenades*, raquettes*, mines*, etc. C’est moche.

VENDREDI 9 AVRIL 1915JMO

Même situation. Le temps paraît long. Nous passons la nuit accroupis dans la tranchée* sous la neige et la pluie. L’idée que nous sommes au feu nous réchauffe.


FIN

photo 55
Bois-le-Prêtre - 1916
Le Président de la République Raymond Poincaré**

« De toutes les visions d’horreur que la guerre m’a offertes, c’est au Bois le Prêtre que j’ai vu les plus effroyables. J’y suis allé plusieurs fois et j’ai vu aux premiers jours d’hiver nos soldats merveilleux d’endurance au milieu de l’humidité et de la boue. Mais la visite qui m’a le souvenir le plus ému, je l’ai faite un jour d’été, par une chaleur torride, alors qu’à la lisière des bois les mouches bourdonnaient autour des cadavres couverts de branchages et que le soleil dardait sur les tranchées que ne tamisaient pas les arbres dépouillés par la pluie d’obus. Je montai jusqu’aux premières lignes, en suivants les boyaux où la température était celle d’une fournaise, et je trouvai, derrière les créneaux, des hommes qui au milieu des blessés non encore évacués et des morts non ensevelis, veillaient tranquillement à la sécurité de leur position. C’était des soldats de cette 73ème Division d’Infanterie qui a si vaillamment défendu Pont-à-Mousson jusque dans le courant de 1915. Ils étaient là, debout, attentifs, le regard fixe, indifférent à tout sauf à leur consigne et à leur devoir, véritable image de la patrie aux aguets. »8†

4† Surnom donné à sa femme, Charlotte

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